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cyprienmoteley
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21.12.2007
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la dame aux camélias

la dame aux camélias

Posté le 28.06.2008 par cyprienmoteley

Vous trouverez la biographie compléte sur le site gratuit http://site.voilà.fr/marieduplessis

I.L’enfant de la misère.

Marie-Louise Deshayes est une jolie jeune fille de vingt-neuf ans. Cette noiraude* est encore célibataire, chose qui n’est pas si rare, contrairement aux idées reçues, dans nos campagnes. Elle se languie. Marie-Louise vie avec sa mère, brave femme soumise à son triste sort, avec son père, aussi fataliste que son épouse mais qui est fier de posséder quelques arpent de terres et une autre masure à Courménil qu’il a hérité voici quelques années, avec son frère Florent et sa sœur Jeanne qui comme elle, triment dans les champs. Tout ce petit monde vie à Saint-Germain-de-Clairefeuille, dans une ferme délabrée, au pied des collines du Perche, dans l’Orne.

Malgré l’impécuniosité de la famille, Marie-Louise est d’une grande beauté auquel un artiste peintre local ne fut pas insensible. C’est avec une grande diplomatie et un grand tact qu’il demanda à monsieur le curé de plaider en sa faveur pour que le père Deshayes consente à ce que sa fille lui serve de modèle pour la représentation de la vierge à l’église paroissial de Saint-Germain. Le père Deshayes accepta, mais demanda une grande vigilance quant à l’honneur de sa fille afin que les jeunes garçons du village continuent à déposer un mai* devant sa porte. Le curé veilla donc à ce que Marie-Louise reste dans le même état de pureté que celle qu’elle avait l’honneur de représenter.

Alors qu’elle se morfond un soir d’hivers en faisant de la dentelle avec sa mère et sa sœur près de l’âtre, un homme frappe à la porte de la maisonnée. Florent se lève et ouvre la porte. Sur le seuil, un homme transit de froid et qui se dit colporteur demande l’hospitalité pour la nuit.
-Un simple coin de grange ferait mon affaire ! Dit ce jeune homme d’une trentaine d’année.
Florent regarde son père qui, d’un signe de la tête accorde l’hospitalité au voyageur et invite l’homme à venir se réchauffer quelques instants à leur table. Ce soir est particulièrement froid. Pour réchauffer le jeune homme, le père Deshayes sert un bol de café largement arrosé de blanche*, qui sera rapidement suivi du réchaud, de la rincette, de la gloria, histoire de ne pas oublier Dieu, de la déchirante en fin de viellée et enfin la dernière rasade, le coup de pied au cul avant qu’il aille dormir dans la grange.
L’atmosphère se réchauffe vite et, l’alcool et la fatigue aidant, le jeune homme, porté sur la bouteille, mais cela est plutôt bien vu à l’époque, se laisse aller à des confidences. C’est ainsi qu’il livre des brides de sa piètre vie : Il s’appelle Marin Plessis. Il porte le nom de sa mère, à la réputation plus que douteuse et à la cuisse légère. Sa mère, Louise Renée Plessis, est surnommée « La Guenuchtonne*» non seulement dans son village natal de Lougé-sur-Maire, du côté d’Ecouché dans l’Orne, mais aussi dans tous les cantons environnant.

Le colporteur avoue, sans se faire prier, qu’il a été conçu par sa mère avec le prêtre de la paroisse de Lougé, l’abbé Marin, qui avait prêté serment durant la Révolution, et qui accorda à son fils le « privilège » de porté son patronyme en guise de prénom.

La veillée continue interminablement. Marie Louise tombe sous le charme de cet homme qui n’a pas de métier bien défini, qui se targue d’être un peu sorcier, et qui a assez de boniment pour embellir sa vie.

Il ponctue son récit d’anecdotes savoureuses tout en faisant des œillades appuyées à Marie-Louise. En bon « courreux », Marin n’a pas été sans remarquer que la jeune fille se pâmait en écoutant ses paroles. Il omet simplement de dire que, mis à part une fainéantise chronique, s’il a choisi le métier de colporteur, c’est que celui-ci convient mieux à son caractère bagarreur et d’ivrogne qui l’oblige souvent de quitter les villes en catastrophe. Il fait siens de la croyance normande qui dit que le cidre est débilitant et que pour corriger cela, il faut impérativement boire de l’eau-de-vie. Il est vrai qu’à cette époque les chiffres sont vertigineux concernant la quotité d’alcool bu par les habitants Bas-Normands est estimé à une moyenne supérieure de 17 litres par habitants, femmes et enfants compris.

Après les accordailles d’usages, Marie Louise épouse ce garçon, rustre et aussi pauvre qu’elle, le 1er mars 1821 à Courménil, commune où la famille Deshayes possède une masure.
Marin est propriétaire d’un lopin de terre et d’un logis à Nonant-le-Pin. Il y emmène sa jeune épouse avec des projets pleins la tête. Il lui promet la fortune, elle le croit. Que n’aurait-elle fait pour quitter le foyer paternel ! Les yeux encore pétillant d’amour aveugle, elle ignore que son destin ne sera que malheur.
Dans la petite maison, situé sur la route qui mène de Rouen à Alençon, le jeune couple ouvre une mercerie. Mais la fortune tarde à se montrer et Marin tourne dans cette boutique comme un lion en cage. Vite las de cette sédentarité, il reprend vite les routes de la région pour exercé sa profession de colporteur, qui le laisse libre de ses mouvements et de ses beuveries. Il écume toutes les foires du Sud du pays d’Auge et de la région de Mortagne-au-Perche.

Entre temps, Marie Louise a donné vie à une petite fille prénommée Delphine. Cahin-caha, la petite famille survie dans une misère palpable, où chaque sous gagné est inéluctablement investie par Marin dans les auberges de la région.

Marie donne naissance, le 15 janvier 1824, à une petite fille. Elle est prénommée Alphonsine et pousse son premier cri dans la petite maison. L’hiver est si rude que même l’âtre de la cheminée n’arrive à la réchauffer. Delphine a été un enfant de l’amour, Alphonsine celui de l’obligation conjugale. La misère est heureuse, elle a une enfant de plus.
Alphonsine grandie tant bien que mal dans cette maisonnée où règne l’ignorance et la superstition qu’entretien savamment son père. A chaque bêtise, pleurs ou simplement pour lire la peur dans ses yeux, il ne cesse de la menacer des varous (loup-garou), des codrilles*, des guibes (diables) ou autres dames blanches qui hantes les forêts du Perche, pour la punir.
Malgré son jeune âge, son ivrogne invétéré de père la frappe comme bon plâtre à peine qu’elle sait maisonnée*.
Sa pauvre mère ne peut rien, elle qui a le corps meurtri par les coups et desséché par les pleurs. Elle a de plus en plus de mal à nourrir ses filles. Elles vivent péniblement de soupe grasse, de truches pommes de terre), de fromage et surtout de grand air.
Alphonsine se retrouve rapidement dans les champs à trimer, sarcler ou garder les vaches. Malgré les maigres sous qu’elle ramène à la masure, comme sa sœur, l’ordinaire ne s’améliore pas : De la boisson pour le père, une soupe à l’eau claire pour les autres. Marie-Louise est néanmoins soulagée quand elle trouve une place pour ses fillettes : Elle sait qu’elles auront au moins un repas le midi, même si ces repas son frugales et, comme le dit le proverbe normand « des pommes de terre et du lait fetla, cha barde bien, mais cha n’dure pas ! »

Marie ne supporte plus l’ivrognerie de son époux. Malheureusement, en 1816, avec l’apparition du bon roi Louis XVIII, a disparu le divorce institué par Napoléon.

Car, sans cette satanée loi, Marie-Louise aurait probablement pu divorcer et changé de vie. Dans la région, nul n’ignore le calvaire qu’elle endure avec ses deux fillettes et, beaucoup l’aide comme ils peuvent. Il faudrait que Marin entretienne une concubine, selon la nouvelle loi, pour qu’elle obtienne le divorce. Malheureusement, la seule concubine que son mari entretien avec ferveur, c’est la bouteille.

Début 1833. Alphonsine a neuf ans.
Marin a passé toute la semaine à la foire de Gacé. Il entre à la maison, encore plus ivre et fou qu’à l’habitude. Sa méchanceté est devenue incontrôlable. Non contant d’être alcoolique, il est devenu aux fils des années d’une jalousie maladive : L’image et la conduite de sa mère le hantent. Il écoute et prend pour argent comptant les ragots de comptoir qui lui affirment qu’il n’est qu’un pauvre colin*.
Ce soir là, dans sa folie, il tente, à coup de poings et de pieds, de faire avouer à Marie-Louise la faute qu’elle n’a pas commise et le nom de ses prétendus amants. N’obtenant pas ce qu’il veut entendre, il menace de la tuer, elle et ce qu’il considère dans son délire comme des bâtardes, ses filles. Il met sa menace à exécution. Il assomme à moitié Marie-Louise, la laisse pour morte et met le feu à la maison familiale, laissant son épouse et ses filles au milieu des flammes. Puis, satisfait d’avoir vengé son honneur de mâle, il s’en retourne on ne sait où sans le moindre remord.
Fort heureusement, un cocher passe par-là. Il aperçoit les flammes. Il accourt et entendant les cries de la mère et des deux fillettes. Il parvient à sauver Marie Louise et les deux fillettes qui hurlaient, impuissantes et tétanisés, sur le seuil de la porte en regardant les flammes ronger inexorablement la maison, prêtent à dévorer leur mère.
Le brave homme, qui connaît les mésaventures de Marie-Louise (mais qui ne les connaît pas ?), emmène Marie Louise et ses enfants au manoir du Hays.
Les trois fugitives sont prise en pitié par la maîtresse des lieux, le propriétaire des lieux accepte de cacher les trois malheureuses et de les soustraire ainsi à un assassin. Devinant que sa sécurité dépend de la distance qu’il y aura entre elles et Marin, il lui trouve un travail à Marie-Louise hors de France. Il paye le voyage à sa protégée et ses deux fillettes jusqu’en Suisse où un de ses riches amis anglais possède un domaine et les attend avec un travail et un gîte.



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